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Dans
la tradition du Carmel, le
petit nuage que le prophète Élie voit monter de
la mer est une image de la
Vierge Marie qui vient nous apporter l’eau de la
grâce du Christ. Mais si vous
avez remarqué, Elie ne reste pas tranquillement sur
le mont Carmel, en
compagnie d’Achab, à attendre cette venue. Au
contraire, il ordonne : « descend
de la montagne ! »
Et Elie lui-même descendra devant Achab. On pourrait
être surpris : le
Seigneur vient juste de se révéler comme le seul
vrai Dieu, les prophètes de
Baal d’être reconnu comme idolâtre, et
tout ça, aux yeux du peuple d’Israël et
du roi. Ce qui s’est passé lors du sacrifice du
mont Carmel fut une bonne
chose, il n’y a aucun doute, et pourtant, l’ordre
est clair : « descend
de la montagne ! »
Alors, je nous invite tous à la descente du mont Carmel, et
à rechercher la
véritable montagne de Dieu.
En
effet, nous avons tous notre
mont Carmel, notre montagne intérieure, clinquante, avec des
sacrifices
grandioses, où tombe le feu du ciel, où nous
sommes reconnus serviteur de Dieu,
où nous mettons à mort les 400
prophètes de Baal. Mais, nous avons tous à
cheminer vers cette montagne où il n’y a plus les
V.I.P.
de
notre jet-set intérieure, aussi pieuse soit-elle. Sur le
mont Carmel, Dieu
s’est certes révélé, mais Il
n’a rien dit à Elie. Il a fallu que le
prophète
quitte le mont Carmel, marche 40 jours et 40 nuits, et atteigne
l’Horeb pour
entendre Dieu lui parler dans le silence.
Et
nous, sur quelle montagne
sommes-nous ? Sommes-nous devant le Dieu qui parle dans le
tonnerre et le
feu, ou sommes-nous devant le Dieu qui parle dans la brise
légère ?...
« Descend de la
montagne ! » Vous pourriez me
demander : « pour aller
où ? » Je
répondrai :
« vers le Christ. »
L’oraison de la fête de Notre Dame du Mont Carmel
nous dit que la véritable montagne, c’est le
Christ. Et l’évangile nous
présente le Christ élevé de terre sur
le mont Calvaire. Ici, nous pourrions
nous poser une nouvelle question : où est ce mont
Calvaire pour nous
aujourd’hui ? Où est ce lieu
où le Christ est glorifié, où Marie
nous est
donnée pour mère et où nous devenons
ses enfants, où tout est réconcilié
dans
le Christ ? Eh bien, c’est notre cœur, car
c’est le lieu de tous nos
combats, le lieu où notre péché est
tapi, le lieu où nous crucifions le Christ
par tous nos mauvais choix. Et paradoxalement, notre cœur est
le lieu où le
Christ crucifié est glorifié, où la
grâce du Saint-Esprit jaillit à flot et
c’est là que le Christ nous dit : « voici
ta mère. » « Descend
de la montagne ! » Il faut bien plus de
courage pour accepter de descendre et de s’asseoir
à la table des pécheurs que
pour monter et être au top niveau de notre
impeccabilité spirituelle. Pourtant,
le Christ lui-même n’a pas eu peur de
s’abaisser jusqu’à nous…
C’est
donc tout un chemin de
conversion qui est proposé. Et ce chemin prendra pour chacun
de nous une forme
bien concrète. Prenons deux exemples. Puisqu’on
est à Lourdes, Bernadette. Elle
est aussi descendu de son mont Carmel : dans son cas,
c’était la grotte,
et elle est partie pour la montagne de Dieu, qui pour elle
s’appelait Nevers.
Et voyez quelle fécondité ! Autre
exemple, la Vierge Marie. Elle a aussi
eu son mont Carmel : Nazareth, l’ange Gabriel,
Bethléem, les bergers, les
mages, et puis un jour, le Calvaire. Et paradoxalement, c’est
là qu’elle est
devenu notre Mère à tous.
Celui
qui fait l’unité et le cœur
de ces deux expériences de vie et qui leur donne toute leur
fécondité, c’est le
Christ, la montagne véritable. Seul le Christ
réconcilie toutes choses en Lui.
Seul le Christ unie notre mont Carmel intérieur avec le lieu
où Il est crucifié
et glorifié, car, comme le disait le P.
Marie-Eugène : « au
sommet du mont Carmel, on est
crucifié avec le Christ et on est tout donné aux
travaux pour sa gloire. »
Si tout notre être devient ce lieu où le Christ
est glorifié, alors comme Elie,
Bernadette et la Vierge Marie, nous serons une
bénédiction pour tous nos frères
en humanité, car nous seront parvenu à la
montagne véritable.
En
conclusion, je voudrais
simplement vous laisser avec Edith Stein. Je crois que ces quelques
lignes
expriment aussi quelque chose du mystère qui se vit ici
à Lourdes :
« Lève les yeux vers
le Crucifié. Liée à Lui, tu seras
présent
partout, comme Il l’est aussi. Non pas ici ou là,
mais sur tous les fronts, en
chaque lieu de désolation – présent
dans la force de la croix. Ton amour
compatissant, l’amour qui vient du cœur divin, te
portera partout, et partout
répandra son sang précieux – qui
apaise, qui guérit, qui sauve. »
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