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Homélie du fr. Jean Marie Joseph (15/07/2007).
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connaissons bien, frères et soeurs, cette magnifique
parabole que Jésus propose
à ce légiste qui vient le mettre à
l’épreuve. Les Pères de
l’Église nous en
proposent de belles interprétations, notamment celle de voir
le Christ dans
le « Bon Samaritain » qui se penche sur l’humanité blessé
par le péché et qui confie cette
humanité blessée
à son Église symbolisée par
l’auberge.
Cette
parabole n’est pas une leçon de morale que
Jésus veut donner. Jésus ne porte
aucun jugement. Jésus ne veut pas nous émouvoir
sur la situation de l’homme
blessé, il désire que nous
réfléchissions afin que nous puissions en tirer
profit dans notre façon de vivre. Il oppose deux
comportements, celles du
prêtre et du lévite et celle du Samaritain pour
nous aider à répondre à la
question : qui est mon prochain ?
J’aimerai
revenir avec vous ce matin sur les 4 personnages de cette parabole. Qui
sont-ils ?
Ils n’ont
pas de nom, ni de visage. Si leur identité n’est
pas précisée c’est peut-être
qu’il nous faut la découvrir autrement.
C’est, me semble-t-il, tout l’enjeu de
cette parabole.
Tout
d’abord, le prêtre et le lévite, font
partie de la caste sacerdotale. Ils nous sont
connus que par leur fonction.
Ce prêtre et ce lévite ne portent pas secours
à l’homme blessé. Sont-ils
condamnables ? Peut-être pas ! En fait, ils sont tellement
préoccupés par leur
fonction sacerdotale qui leur donne un rôle dans la
société et qui leur donne
d’exister qu’ils en
oublient leur
entourage. Leur responsabilité les met, en quelque
sorte, à l’abri des
autres et les empêche de les voir. Ils ne pensent
qu’à bien faire leur travail.
C’est, pour le coup, de parfait
«fonctionnaire» dans le sens péjoratif
du
terme.
L’homme blessé
est le personnage qui nous est le plus inconnu. Pas de fonction, pas de
nationalité, on sait seulement qu’il est
à «moitié mort» : c’est le blessé de la vie. Il est entre la vie et la mort,
il ne peut pas s’en
sortir seul. C’est chacun d’entre nous
!
Le
quatrième personnage de la scène nous est
présenté par sa nationalité : il est
Samaritain. Cela nous renvoie à une autre
identité : il est d’abord l’étranger,
celui qui est exclu de la
communauté juive à cause de
sa croyance. Mais il est celui qui porte secours au blessé, il est le seul à agir
véritablement.
Faut-il déjà lui mettre une auréole
sur la tête ? Peut-être pas! Aussi
surprenant que cela puisse paraître, il agit dans son
intérêt. Il est tout
simplement réaliste. Il sait bien que cet homme
blessé, ce peut être lui
demain, lorsqu’il devra de nouveau emprunter cette route.
L’autre blessé est
comme un autre lui-même. Il fait
tout
simplement ce qu’il aimerait bien que l’autre lui
fasse s’il se trouvait un
jour dans la même situation, ni plus ni moins. A la limite
c’est du
donnant-donnant !
Mais
l’attitude du Samaritain est intéressante et
demande que l’on s’y arrête un
instant. Regardons ensemble trois aspects de son comportement.
- Premièrement,
le Samaritain n’est pas dans un
sentiment de toute puissance, il ne se prend pas pour un
« super héros ».
Il a conscience de ses limites. Il donne
ce qu’il a et le confie à un autre. En
terme plus ‘terre à terre’, on
dirait qu’il « passe la main ».
- Ensuite,
il préserve la
liberté de l’homme blessé
en ne le rendant pas dépendant de lui. Il ne va pas le
mettre dans une
situation d’une dette impossible à rembourser, du
genre : « Je t’ai sauvé la
vie, maintenant, tu me dois tout ».
- Enfin, ce
Samaritain donne la chance à cet « homme
blessé » d’entrer dans la
reconnaissance. Il fait
l’expérience d’une
réalité humaine : celle du
besoin de l’autre et en même temps, il lui permet,
à son tour, de porter
secours demain au besoin des autres, comme lui-même la
vécu.
Mais
revenons maintenant à la question de Jésus
au docteur de la loi : «
Lequel des trois a été le prochain de
l’homme blessé ? »
« C’est celui qui a fait preuve de
bonté envers lui » répondra le
légiste. Autrement
dit, le
prochain est celui qui permet à
l’autre de devenir un sujet, un homme libre. Dans la violence qui vient de
s’abattre sur lui, l’homme blessé est
celui qui subit l’autre. Sa blessure est
autant psychologique que physique, autant symbolique que
réel. Il
n’a été qu’un objet entre les
mains des
bandits, sa
liberté a été bafouée. En
prenant soin de lui, le samaritain lui redonne, un peu de sa
santé physique en
même temps que sa liberté. Il
le
réhabilite en tant qu’homme. Cette
parabole nous ramène au coeur de la question de
l’identité humaine... Cette
identité passe non seulement par la
liberté du Bon Samaritain mais également par le
combat pour la liberté de
l’autre.A
l’inverse du prêtre et du lévite, le
Samaritain est le seul à agir. Autant
l’existence des premiers se réduit à
une fonction (ils sont comme morts !)
autant celle du samaritain se manifeste par son action. Il est dans la
position
du vivant, celui qui agit. Cela
peut-être pour nous ce matin, un
premier
enseignement : c’est parce que nous
agissons comme des sujets, des
hommes libres, pour relever l’autre blessé que
nous sommes pleinement homme et
que nous réalisons notre vocation chrétienne.
La
conclusion donné par Jésus au légiste
: « Va
et toi aussi fait de même » est celle de
la
reconnaissance. Ce que je reçois, je le donne gratuitement
à
l’autre. C’est ainsi que la vie se
transmet, c’est de cette façon que se
partage le don d’une personne à l’autre.
Après
avoir regarder les principaux protagonistes de cette parabole,
j’aimerai parler
de ceux dont on ne parle jamais : les
bandits. Il ne nous viendrait pas à
l’idée de nous identifier, une seule
seconde, à eux. Et pourtant, nous devrions ne pas nous en
priver.Pourquoi ? Parce
que, très inconsciemment, nous sommes parfois les bandits de
nos frères et de
nos soeurs. Nous les blessons sans bien
nous en rendre compte malheureusement. Quand
nous entrons en relation avec une personne, nous sommes comme sur une
scène de
théâtre qui se joue à deux. En fonction
des paroles que nous allons prononcer,
selon le style qui est le nôtre et que nous aimons, nous
donnons une place à
l’autre. Nous le plaçons
dans une
position d’objet ou dans celle de sujet. Nous
pouvons le tuer, tout
simplement, d’une façon invisible, sans bruit et
sans souffrance, proprement,
ou nous lui ouvrons un espace de liberté pour
qu’il s’épanouisse. Soit nous
tuons Dieu à travers l’autre
et nous nous tuons par la même occasion, soit nous recevons
l’autre tel que
Dieu nous le donne et nous lui
permettons de naître et de devenir la personne
humaine qu’elle doit être. Manipulation
ou dialogue ? A nous de faire le
bon
choix !La
vie
est ainsi, remplie de petits meurtres et
de petites naissances, sur cette route qui va de
Jérusalem à Jéricho.
Par
l’intercession de Notre Dame de Lourdes,
demandons ce matin au Seigneur, de nous faire entrer
dans son mystère de compassion. Car la
vrai compassion ose franchir les barrières : elle
va vers ceux qui sont
difficiles, repoussants, et même insupportables. Si nous réalisons cela, nous saurons que
Dieu vit en nous par sa
compassion. Nos actes dépasseront alors ce que
nous sommes capables de
réaliser humainement car l’amour
de
l’ennemi ou de celui qui semble ne rien m’apporter,
est un don du
Saint-Esprit.C’est
par grâce que l’homme est rendu
capable de compassion. Cette grâce divine, il ne peut
l’accueillir que dans un combat
intérieur. Amen.
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